Préambule
Introduction
Le point sur les actions de restauration
I - Restauration
II -Formation
III- Conférence et Exposition
IV - Sensibilisation
V/ Inventaire et état des lieux du patrimoine
VI / Communication - Partenariat
VII / Reboisement en espèces endemiques
I - Restauration 2
La restauration des monuments du site royal d’Ambohimanga constitue un axe majeur des activités de Mamelomaso.
Cette année, pour la première fois MM a décidé de mener de front la restauration de 2 vavahady : Tsiombiomby et Andranomatsatso.
Le dédoublement du chantier a présenté de nombreux avantages :
gain de temps conséquent
Intégration de nouvelles recrues dans l’équipe ( aussi bien au niveau de l’encadrement que celui des ouvriers) ce qui permet d’élargir le nombre de personnes formées.
11/ LE VAVAHADY DE TSIOMBIOMBY
Tsiombiomby : le bœuf ne peut y passer , jeu de mot : tsy omby ( trop étroit, on ne peut y passer ) omby ( zébu)
Situation : Est du site
Historique : Ambohimanga compte 16 portes anciennes dont 7 édifiées sous Andriantsimitoviaminandriandrazaka ( vers le XVI ème siècle) Tsiombiomby en fait partie. Elle tient une place à part dans le système des vavahady d’Ambohimanga en raison de son architecture et de sa fonction. Elle est aussi exceptionnelle car de toutes les portes du 1 er cercle ( les plus anciennes) elle est celle qui a pu préserver au mieux son authenticité et son intégrité .En effet, contrairement aux autres vavahady elle n’a pas subi de restauration irréfléchie.
Elle était réservée au souverain ( notamment sous Andrianampoinimerina ) et tenait lieu de passage secret qui lui permettait d’accéder au palais sans passer par les voies officielles.
Elle se présente sous la forme d’un interstice entre 2 gros rochers qui ont été renforcés à la base par des murets de soutènement en pierres sèches.
Les grandes étapes de la restauration :
Etude ( février à juillet 2003 )
Collecte de documents écrits et de traditions orales.
Projet de restauration élaboré conjointement par un architecte et par l’équipe de
MM
Formation sur l’utilisation de la terre dans les monuments traditionnels ainsi que l’appareillage des murs en pierres sèches
Août 2003 : présentation du projet au ministère de la culture , à la mairie, à la commission du site, représentant de l’UNESCO
Octobre 2003 : démarrage des travaux
Février 2004 : fin des travaux
L’équipe présente sur le chantier :
- 1 archéologue/ historienne
- 1 architecte responsable de l’étude et du suivi
- 6 ingénieurs ( TP, bâtiments, topographe) qui vont se relayer sur le chantier
- 2 artisans spécialistes de la technique traditionnelle de la taille de pierre
- 1 chef de chantier qui tient le journal
- 15 ouvriers ( maçons -tailleurs de pierres et manœuvres)
- 1 cuisinier
- 2 personnes chargées de la collecte et des relevés du matériel archéologique.
Déroulement des travaux :
La restauration de Tsiombiomby n’a pas présenté de difficultés particulières.
Etude menée de façon rigoureuse
Formation préalable de toute l’équipe
Encadrement omniprésent et compétent
Accessibilité du lieu
Toute l’équipe a suivi une formation de perfectionnement en taille de pierre avant le commencement des travaux. Une première phase de déblaiement et de fouilles a permis de mettre à jour les soubassements du vavahady et d’en définir le tracé ancien. Les fondations ainsi exhumées ont montré de grandes similitudes avec les structures anciennes retrouvées sur les portes d’ Amboara ou de Miandravahiny.
Une grande partie du pavage ancien a été mise à jour et a réservé quelques surprises.
Restitutions des pans de murs écroulés à l’identique.
Les pierres ont été taillées une à une de façon à assurer une stabilité maximale.
Les joints et la structure interne sont faites d’un mélange de totorano ( terre stabilisée) et de bouse de bœuf , macérée, piétinée qu’on laisse reposer une dizaine de jour avant utilisation.
Matériel archéologique : fer de lance en métal, tessons de poteries graphités ou non , avec des bords et des pieds, objets liés au culte traditionnel
Extrait journal de chantier
23 novembre : Aujourd’hui, toute l’équipe de MM ainsi que les habitants du village célèbrent l’Alahamadibe qui est le premier jour de l’année lunaire malgache. C’est le fandroana , nouvel an traditionnel. Il y a polémique autour de la date de célébration mais qu’importe, nous ne sommes pas des spécialistes de la question et l’important c’est de respecter l’esprit de cette fête.
Cette année MM y participe activement. En effet, la restauration de Tsiombiomby, porte mythique réservée au souverain ne pourra se faire qu’après l’alahamdy et le sacrifice d’un zébu. Telles sont les recommandations du mpanandro consulté avant le démarrage des travaux ( site sacré oblige !)
On se retrouve tous à Ambatomasina ou se tiendra la veillée. C’est jour de fête, chacun apporte son flambeau ou sa bougie allumée symbole de lumière et de pardon et l’on a dansé et chanté jusqu’à tard la nuit.
24 novembre : c’est le grand jour. un omby mena va être sacrifié et 7 artisans doivent apporter le sang du zébu dans une urne en terre cuite ,d’Ambatomasina jusqu’au fitomiandalana du rova .
La cérémonie est impressionnante . La musique, le soleil , la danse nous font un peu tourner la tête mais par delà l’aspect folklorique et le rituel , nous retrouvons des valeurs ancestrales telle le Fihavanana dont c’est la grande fête. Les tso-drano ( bons vœux ) fusent : arahaba tratry ny asaramanitra, arahaba tratry ny taona ...On implore la bénédiction d’Andriamanitra
( Dieu) et des razana ( les ancêtres ) pour que cette année soit faste ( ho lavitry ny rofy, ambininjava-manasatra ...)
Cette fête souvent décrite comme une fête païenne depuis la colonisation
( et depuis la montée d’un christianisme parfois extrémiste à Madagascar) se pratique presque dans la clandestinité.
L’équipe de MM qui fera un bilan de la journée, le soir autour d’un barbecue se déclare heureuse. Heureuse car c’était une belle cérémonie , joyeuse mais ponctuée des moments très solennels. Tout s’est déroulé dans une atmosphère d’amitié et de respect. Derrière un rituel empreint de traditions, rien qui puisse faire penser à des rites « diaboliques ».Nous en avions conclu qu’il fallait vraiment se libérer de nombreux préjugés pseudo-chrétiens qui sont en train de faire disparaître nos traditions.
Nous nous sommes séparés la tête pleine d’images fortes et de musique et surtout avec le sentiment du devoir accompli. On peut commencer les travaux en toute sérénité.
27 novembre : Installation du chantier. Il faut régler des problèmes logistiques . les travaux de déblaiement et de nettoyage commencent.
Cette première journée est pleine de promesses.
On a exhumé les fondations du mur de soutènement et l’on y a retrouvé 1 fer de lance en métal. Après les relevés d’usage (stratigraphie, localisation, dessin, photos..), l’objet est rangé en vue d’un examen plus approfondie en laboratoire.
3 décembre : Mise à jour d’un autre tronçon du pavage ancien. Il ne correspond pas exactement à l’itinéraire supposé durant la phase étude. Une partie du plan d’exécution doit être refaite.
On découvre aussi ce que l’on pense être un famaton’omby ( une flacon en verre rempli d’un liquide difficile à identifier - alcool ou parfum - des pièces de monnaies, des perles de différentes couleurs utilisées dans le culte traditionnel...)
Nous étions tous là , partagé entre la curiosité et une certaine crainte , quand une tradipraticienne du village passait sur la route, tout à fait par hasard.
D’après cette dame, la personne qui a déposé cet objet à cet endroit demande tout simplement la bénédiction des maîtres de lieu ( Zanahary, les ançêtres ), pour que ses biens , probablement un troupeau de zébus , soient protégés des voleurs et de toutes sortes de dégradations.
Après les relevés, l’objet a été remis à sa place.
Première réunion de chantier : dorénavant les 2 équipes vont se retrouver tous les jeudis après-midi pour la réunion hebdomadaire. On fait le point sur l’avancement des travaux, les problèmes éventuels, la stratégie à adopter en fonction des dernières découvertes archéologiques.
8 décembre : A Andranomatsatso , pas trop de surprise, le vavahady déjà subi de nombreuses restaurations. A défaut de vestiges archéologiques, on retrouve des dizaines de scorpions.
A Tsiombiomby , par contre un autre pavage ancien est mis à jour
12 / ANDRANOMATSATSO ( A l’eau fade)
Andranomatsatso, poste de guet est situé au sud de la colline dont elle assurait l’accès et la protection. Elle est avant tout défensive comme en témoigne la profondeur des fossés de défende qui l’entourent. Son architecture, typique des vavahady d’Ambohimanga se présente sous la forme d’un monument en pierres sèches dotés de 2 ailes et fermé par un gros disque de pierre. Cette porte, restaurée par le ministère de la culture dans les années quatre-vingt qui l’a consolidé, remis un nouveau disque de pierre et installé sur la plate-forme sommitale un chalet en béton.
En 1999, Andranomatsatso présentait des signes de dégradations ( effondrement de certaines parties etc.) et MM avait entrepris de limiter les dégâts en recouvrant le monument d’un film en plastique en attendant la restauration.
La restauration a démarré par une phase étude qui a été faite dès 2002 mais finalisée en 2003. En effet, l’accès difficile du vavahady et la dégradation plus importante des autres monuments a obligé MM a reculé la date de la restauration d’Andranomatsatso prévue initialement en 2001.
Andranomatsatso est difficile d’accès et l’approvisionnement est difficile ( pente abrupte) La récente rénovation de la route communale (Ambohimanga-rova -Alakamisy ) nous a beaucoup facilité les choses.
Les travaux ont démarré par un déblaiement et la fouille des fondations. Une fois ces dernières repérées, les murs ont été démantelés, les pierres manquantes ou inadéquates remplacées. La structure interne composée de remblai - ou prolifèrent des racines- a été extirpé pour laisser la place à de la terre stabilisée selon la méthode traditionnelle
( totorano. La terre rouge, qui au préalable a fait l’objet d’une sélection rigoureuse est mélangé avec de l’eau et piétiné de longues heures. Puis on la laisse reposer durant une dizaine de jours avant utilisation.)
Le monument , malgré le fait qu’il soit difficile d’accès et quelque peu excentré par rapport à l’ensemble ne semblait pas présenter des difficultés particulières , sa structure paraissant très proche des vavahady déjà restaurés par MM ( Miandravahiny, Amboara...)
Mais aucun monument n’est identique à l’autre et il porte tous en eux, les traces de leur histoire.
Ainsi Andranomatsatso va réserver quelques surprises.
a/ Traces de restaurations successives
celle effectuée par la direction du patrimoine dans les années 80. Très facile à identifier à cause des matériaux utilisés : granit au lieu du vatoboda, moellons à la place des pierres plates originelles. Cette dernière restauration s’est contentée de colmater les brèches visibles. De nombreuses parties du monument ont pu ainsi garder une certaine authenticité.
une plus ancienne retrouvée sur le flanc Est du monument dont le calepinage assez grossier ( s’opposant ainsi à la qualité de la structure sur le reste du monument) par moment semble montrer une restauration d’urgence qui n’a pas vraiment tenu compte des qualités esthétiques , la partie écroulée se trouvant tout près du fossé et invisible du chemin.
L’état actuel de notre documentation ne nous permet pas de d’identifier les acteurs et la date de cette restauration. A première vue, elle paraît ancienne
( Ranavalona 1 ?)
b/ Quatre dalles de pierre ont recouvert le monument . Il était prévu des les remettre en place après renforcement de la structure mais une fois les travaux effectués, deux d’entre elles se sont révélées trop courtes ( donc instables) risquant ainsi de présenter une menace pour les passants . Il a été alors décidé de les changer.
Matériel archéologique : découverte d’un jeu de fanorona ( fanoron-tsivy) jeu traditionnel gravé sur une pierre plate utilisée dans les fondations.
Hormis cette pierre gravée , il y a eu peu de matériel archéologique dans les différentes structures. Les quelques tessons de poterie retrouvés en surface ont été probablement rapportés par les eaux de pluie.
Ce tronçon complète celui effectué en 2002. En effet le sentier restauré en 2002 s’arrêtait au hameau d’Amboara. Puis, suite à la demande des villageois qui empruntent ce chemin tous les jours pour accéder à Ambatondradama ou aux villages situés à l’est d’Ambohimanga.
L’originalité de ce chantier : Partenariat entre Mamelomaso et des bénévoles du village.