Bilan

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- Introduction - Campagne de restauration - Valorisation - Gestion de la crise : mesures de sécurité - Sensibilisation et communication - Reboisements - Formation - Musée Nationale d’Andafiavaratra - Inventaire du patrimoine de l’Imerina - En conclusion - AMBOARA : les péripéties d’une restauration

AMBOARA : les péripéties d’une restauration 2

1998 : Etat des lieux et relevé architectural du vavahady

2000 : Collecte de documents écrits et de traditions orales sur l’histoire du monument ( des enquêtes ont été effectuées auprès de la Direction du patrimoine qui a restauré les lieux dans les années 80, de l’entreprise qui a effectué les travaux, des artisans qui ont participé à ces travaux, des habitants du village.) C’est ainsi que Mamelomaso a appris que, contrairement aux autres vavahady, Amboara était en grande partie écroulée et recouverte de terre et de végétation lors de cette dernière restauration. D’où de nombreux rajouts : nouveau disque de pierre, des pans entiers de murs refaits avec du granit ( le mur originel était fabriqué avec du vatoboda), construction d’un chalet circulaire au sommet ... La route secondaire qui mène actuellement à Amparihimasina, en passant par Amboara, a été creusée au milieu des années 30. En effet la dernière rangée de hadivory visible de ce côté se trouve actuellement au-delà de cette route. Mamelomaso n’a retrouvé aucune archive écrite des ces travaux, celles de la Direction du patrimoine stockées au Tranovola à Manjakamiadana ont brûlé lors de l’incendie de ce dernier.

Mai 2001 : Etude et proposition de restauration faite par l’architecte de Mamelomaso. Un CCTP avec plan détaillé est proposé qui tient compte des techniques et des matériaux utilisés, de l’évacuation des eaux de pluies etc... Les grandes lignes : utilisation des techniques traditionnelles ( ex : totorano pour la structure interne), remplacement des pierres en granit mises en place lors de la dernière restauration par du vatoboda.

Juillet 2001 : dégagement et sondage des environs immédiats du monument avec repérage des anciennes fondations. Les résultats sont encourageants : les dimensions du monument dépassent largement celles visibles actuellement. Un seul problème : un tuyau d’adduction d’eau installé par la commune pour approvisionner le hameau d’Amboara en eau potable traverse le vavahady et gêne les travaux. La mairie contactée à plusieurs reprises promet de s’en occuper mais rien ne se fait.

Dec 2001 : Début des travaux. Installation du chantier ( Mamelomaso va louer un local a proximité d’Amboara afin de faciliter le stockage du matériel et le suivi des travaux ) Identification des soubassements, démantèlement. Parallèlement aux travaux de réhabilitation, une équipe de Mamelomaso, présente en permanence sur le chantier photographie, dessine, relève le matériel archéologique et veille aux respects du CCTP.

Mars 2002 : Une crise politique et économique sans précédent secoue Madagascar. Devant les difficultés rencontrées au niveau de l’approvisionnement en matériaux et au déplacement du personnel d’encadrement, Mamelomaso décide de suspendre les travaux.

Avril 2002 : La crise prenant de l’ampleur, Ambohimanga est menacée ( vandalisme, incendie etc..). Mamelomaso décide alors de rappeler une partie du personnel qui habitent le site pour participer de façon active à la surveillance du site ( organisation de tours de garde etc). Ils sont donc rémunérés par l’association.

Mai 2002 : La situation devenant de plus en plus critique et face à un véritable appel au secours de l’équipe sur Tana qui souhaite une poursuite des travaux pour raison humanitaire ( les ouvriers au chômage technique subissent la crise et l’embargo sur Tana de plein fouet ) Mamelomaso foibe envoie alors une mission sur place qui décide la reprise des travaux. Les pierres achetées à Ambohimahitsy ( banlieue proche de Tana ) seront acheminées par l’association qui prend en charge le surcoût lié au prix du carburant. Ce choix s’est avéré indispensable car cela permettait à l’association de donner du travail à ses ouvriers ( Mamelomaso fait vivre 30 familles !) .

Juillet 2002 : la restauration d’Amboara est presque achevée. C’est là que l’on constate que sur des pans entiers du monument, les pierres plates sont surdimensionnées par rapport à l’original encore visible ( original : 10 à 12 cm / rajouts : 20 cm ) Mamelomaso dans sa démarche, a toujours estimé qu’une restauration réussie reposait essentiellement sur le respect d’une reconstruction du monument à l’identique. C’est ainsi qu’après de nombreuses discussions, Mamelomaso décide de refaire les murs présentant ces imperfections. Le plus difficile a été de convaincre les ouvriers qui étaient persuadés qu’ils avaient fait de l’excellent travail ( C’est vrai qu’Amboara avait fière allure avec ses dimensions retrouvées et qu’il fallait un œil averti pour déceler toutes ces anomalies ) de reprendre les travaux. Pourquoi refaire alors que toutes les personnes qui passaient dans le secteur étaient en admiration devant ce vavahady réhabilité ! ( ces mêmes artisans , après cette reprise, nous ont dit : c’est vrai que l’on trouvait Amboara très beau déjà avant mais là, c’est encore mieux...) En fait, le problème est lié directement à la crise économique. La consigne étant d’éviter le gaspillage, il était plus économique de tailler une pierre de 20 cm que de10 cm. En effet, le vatoboda étant plus friable que le granit, les pertes lors de la taille sont beaucoup plus nombreuses.

Oct 2002 : les pans de murs incriminés précédemment ont été refaits. Le chemin d’accès pavé, on organise une fête pour la fin des travaux. On est tous très fiers. Le " tuyau " est toujours là mais le maire qui fait partie des amis invités nous avoue que les caisses de la commune étaient vides et qu’il préférait payer en priorité les agents communaux (qui n’avaient pas perçu de salaires depuis des mois !) Evidemment, on compatît...

Décembre - Janvier 2003 : La saison cyclonique bat son plein et la pluie tombe durant des semaines entières. Une partie du vavahady s’écroule. Colère, questionnement, tristesse, remise en cause... Nous pensions avoir tout fait pour une restauration réussie. Nous n’avons ménagé ni nos peines ni nos efforts. L’entreprise réalisatrice des travaux assume ses responsabilités et donne une explication : la structure interne du vavahady, composée de totorano ( terre stabilisée ) a été mal faite ( ex : la terre latéritique foulée pendant des heures doit reposer durant plusieurs mois avant d’être utilisée pour en assurer la solidité ) .Ce temps de repos, pendant les périodes difficiles, n’a pas été respecté. En effet, du retard considérable ayant été pris, il fallait faire vite de façon à terminer les travaux avant la saison des pluies. L’étanchéité ainsi que l’évacuation en eau de la plate forme sommitale ont été faites dans la précipitation. Janvier et février 2003 : On refait une grande partie du vavahady en tenant compte des problèmes mentionnés plus haut. Amboara retrouve sa grandeur d’antan. Le tuyau d’adduction d’eau est toujours là mais, on a vu pire n’est ce pas ?

Bilan

  • Mamelomaso, malgré tous les soins qu’elle apporte à la restauration des monuments a subi à Amboara de nombreux revers.
  • Amboara est le 4ème vavahady restauré par la même équipe et il n’y a eu jamais de problème auparavant. Un contexte socio-économique difficile a entraîné un relâchement dans la réalisation des travaux. L’arrêt des travaux pendant la crise, en pleine saison des pluies, avait fragilisé le monument qui était resté à découvert. En effet les déplacements pendant la crise étant difficiles ( pas de carburant, pas de transport...) la présence sur le chantier des membres de l’association était moins régulière que sur les précédents chantiers.
  • Le respect des normes de qualité est une notion difficile à appliquer dans un pays en voie de développement et c’est un phénomène courant de voir une entreprise, très cotée au départ, périclitée car, forte de son succès, elle se laisse aller.
  • Les entreprises, et cela quel que soit leur domaine d’intervention, souvent financièrement fragile, essaient de réduire le coût de la main-d’œuvre en terminant très vite les travaux au détriment de la qualité. Pour le cas d’Amboara, Mamelomaso a fait jouer la garantie ( non respect du CCTP, garantie ...) et c’est l’entreprise qui a supporté tous les frais de réhabilitation liés aux malfaçons.
  • Bien que Mamelomaso sache que cette entreprise a dû s’endetter pour pouvoir réaliser ces derniers travaux, il est normal qu’elle assume et qu’elle en tire des leçons pour les prochains chantiers.
  • Ceux qui y travaillent sont nos amis ( mifampihinana ny manta sy ny masaka ), nous avons partagé plein de bons moments depuis 6 ans, nous acceptons tous de nous remettre en question et leur renouvelons notre confiance. La question est de savoir si Mamelomaso a bien fait d’accepter que le chantier continue de tourner pendant la crise où nous craignions justement ce type de problème...A cette question les membres de l’association, unanimes, ont répondu OUI...